En passant...

Interview de Paul Ferrette a Jean-Jacques Goldman

 

Sache que je

    PF : Quand on écoute "Sache que je...", le réflexe nous vient naturellement de terminer la phrase à ta place. Sache que je...t'aime ! Pas pour toi ?

    JJG : Je suis sûrement un des chanteurs qui a écrit le moins de chansons d'amour et jamais le mot "je t'aime". On m'a demandé pourquoi, je ne le savais pas. ... C'est une expression où l'on ne peut pas rajouter d'adjectif : "je t'aime beaucoup" est beaucoup moins fort que "je t'aime" tout seul.
Et même si l'on n'écrit pas de chansons d'amour où l'on dit "je t'aime" peut-être que toutes les chansons parlent d'Amour. Forcément.

 

Bonne idee

    PF : Cette chanson transpire une gaîté assez inattendue ?

    JJG : Ce thème de "bonheur de vivre", je le porte en moi depuis longtemps. Je le ressens profondément; les plaisires simples de la vie me rendent heureux et je crois que cette faculté de se réjouir de tout ne s'acquiert pas : on l'hérite de ses parents à la naissance ou par l'éducation peut-être.

 

Tout etait dit

    PF : Dans cette chanson "très blues", on retrouve ce que tu aimes : la guitare, le vieil orgue Hammond, les choeurs, une certaine ambiance...

    JJG : Oui, bien sûr. Au début j'avais mis un saxophone que j'ai enlevé pour garder le côté "brut" de la chanson, juste avec des voix.
La chanson dit simplement qu'il faut se fier aux apparences. Quand on regarde quelqu'un qui ne se sent pas observé, on apprend sur lui des choses fondamentales. Il se livre plus que s'il parlait, ne triche pas. Avec des mots, on peut mentir, se composer un personnage.

 

Quand tu danses

    PF : Que peux-tu me dire sur cette chanson à l'ambiance très "aériennes" ?

    JJG : Je l'ai enregistré très vite, avec une guitare Gibson dans un style folk-song, c'est-à-dire une histoire racontée avec une guitare.

 

Le coureur

    PF : Je sais que tu aimes le sport. Est-ce un hasard d'avoir choisi un coureur ?

    JJG : Oui et non. Il se trouve que j'aime regarder les championnats à la télévision et notamment l'athlétisme où l'on voit des hommes qui, auparavant couraient seuls, pour leurs déplacements, dans des montagnes ou des hauts plateaux d'afrique et qui, soudain, se trouvent plongés dans un univers aux antipodes, hyper médiatisés, sponsorisés, sous le regard du monde entier.

 

Juste quelques hommes

    PF : Penses-tu que dans un groupe d'hommes, il y en a toujours au moins un de bon et de juste, ou q'il y a toujours un côté juste et bon dans chaque homme ?

    JJG : Ni l'un, ni l'autre ! Je crois, au contraire, que dans un groupe d'hommes, il y a toujours un mauvais. Et l'histoire de l'humanité nous montre que l'on a plus manqué de saints que de tortionnaires.

 

Nos mains

    PF : N'est-ce pas la chanson la plus "Goldmanienne" ?

    JJG : Voilà, la plus "traditionnelle". C'est la "chanson fossile" de ce que je faisais avant. Donc, certains sont un peu déçus par "Quand tu danses", "Tout était dit" et ils me retrouvent un peu dans "Nos mains". Il y en a d'autres, au contraire, que ça gêne. C'est amusant. Mais j'en avais conscience dès le départ.

 

Natacha

    PF : Dans ce titre, on entend un mélange d'instruments électriques et acoustiques tels qu'accordéon, violon et balaïka. Ce mélange de sons, est-ce le retour d'une époque acoustique ?

    JJG : Il y a deux phénomènes. L'émergence d'une musique sans instruments comme la techno où il n'y a que des samplers et en même temps, non pas un retour, car il y en a toujours eu, mais une redécouverte des instruments acoustiques et de l'émotion qu'ils procurent. L'un étant peut-être lié à l'autre, c'est-à-dire qu'à force d'entendre des sons tellement abstraits, retrouver des sons aussi simples que l'accordéon ou une voix, sont des choses qui nous bouleversent encore plus.

 

Les murailles

    PF : Tout individu se sent concerné par la dernière phrase de la chanson "J'avais cru si fort que ça durerait toujours" ?

    JJG : Je me souviens exactement quand l'idée de ce texte m'est venue. C'était lors de la "Tournée des Campagnes" et je jouais à Carcassonne ou tout près, de toute façon, je dormais là. Le soir, après le concert et le dîner, j'aime marcher. Et là, je me suis retrouvé sous les remparts. Je me suis dit, qu'au même endroit, il y a plusieurs siècles, il y avait un homme qui construisait, pierre après pierre, avec le sentiment que ce qu'il était en train de bâtir durerait toujours, l'éternité !... Et aujourd'hui, partout, ces écriteaux "Ne pas toucher" car ces pierres s'effritent, tombent et finiront par disparaître.

 

On ira

    PF : Prendre ou "faire" la route, c'est aller ailleurs, vers quelqu'un ou quelque choses, c'est vivre des choses seul ou avec d'autres.

    JJG : Dans la vie, au départ, on veut obtenir des choses... Ensuite, lorsqu'on a pris un peu d'âge, on se rend compte que le plus intéressant ce n'est pas ce que l'on obtient, c'est la route pour y arriver. Très souvent.... L'intérêt d'une vie, ce sont les routes... pas les réussites.

 

En passant

    PF : La dernière chanson de l'album, déjà, et pas la moindre puiqu'elle donne son nom à l'album. Ta préférée, peut-être ?

    JJG : Je me souviens de nuits entières à jouer sur cette suite d'accords. Et, tout doucement, le texte m'est arrivée. Elle s'est d'abord appelée "Une place pour toi". Deux ou trois fois, j'ai changé le texte et finalement, quand j'ai trouvé "En passant", j'ai su que ce serait le titre de l'album. Mais très lontemps, je suis resté uniquement avec la musique et il est vrai que j'ai eu beaucoup, mais vraiment beaucoup de mal à mettre un texte sur cette musique.